Les mythes dans la lombalgie – partie 02

Vous le savez peut-être. J’ai lancé un podcast. Les 3ème, 4ème et 5ème épisodes de ce podcast reprennent le live que j’avais réalisé avec Joshua LAVALLÉE en novembre 2023. Dedans nous y abordons 9 mythes sur la lombalgie véhiculés dans des conférences :

  • Une métastase osseuse c’est une douleur constante on ne peut pas la moduler
  • Une douleur en deuxième partie de nuit c’est un red flag
  • Une sciatique liée à une hernie discale lombaire ne donne pas des douleurs bilatérales 
  • Une hernie discale donne une douleur principalement dans la jambe
  • La douleur pendant une activité s’explique par la mise en contrainte
  • Sur les lombaires McKenzie c’est vraiment essentiel
  • Le test d’instabilité lombaire identifie si les muscles arrivent à bien immobiliser le segment douloureux
  • Le MODIC c’est un marqueur, quand il est là on sait que c’est ça
  • Le CSI permet d’identifier une douleur nociplastique

Dans ce billet de blog je vous donne le support écrit que nous voulions vous partager pour le 4ème épisode et les mythes en gras : les mythes concernant l’utilisation des mouvements.

Les mythes concernant l’utilisation des mouvements

Hernies discales, contraintes mécaniques et McKenzie – TalKin Moutarde Épisode 04

Mythe : Une hernie discale donne une douleur principalement dans la jambe

On pourrait ranger cette affirmation dans la catégorie des mythes qui viennent d’abus de langage. Une hernie discale ce n’est pas un conflit disco-radiculaire. Une hernie discale c’est, d’après la définition de la North American Spine Society, un déplacement localisé de matériel discal au-delà des limites de l’espace discal intervertébral.

La différence que cela fait, c’est que d’une part la hernie discale peut contribuer à la création de douleur par déclenchement de nociception au niveau du disque intervertébrale. Ces douleurs n’ont pas de comportement clinique spécifique distinguable des autres présentations de lombalgie. On parle de douleur somatique référée.

Il est vrai que quand la hernie vient entrer en contact avec la racine nerveuse, et lorsque ce conflit disco-radiculaire produit des douleurs, alors la douleur est principalement ressentie dans la jambe.

Mythe : La douleur pendant une activité s’explique par la mise en contrainte

Un de vos patients est assis plusieurs heures et il finit par avoir mal dans les lombaires, vous vous dites peut-être que la position maintenu a entrainé un fluage qui a déformé les structures lombaires et déclenché sa lombalgie. Mais si on ne raisonne pas seulement mécaniquement, on pourra aussi envisager que la position assise prolongée peut entraîner des ischémies et que redonner du mouvement va revasculariser la zone.

Mais tout ça reste axé sur la biologie. Quand on se penche en avant, on met en tension les disques intervertébraux et les autres structures lombaires, mais on a aussi plein de pensées qui nous arrivent en tête « C’est dangereux de se pencher en avant quand on a mal au dos », on va avoir plein d’émotions et de réponses physiologiques en lien avec celles-ci…

a man in brown t shirt and black pants bending forward pressing on yoga blocks
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Saraceni et ses collègues, parmi 21 facteurs physiques n’en ont trouvé que 1 étant associé à la douleur qui augmentent lorsqu’on soulève une charge et c’était peut-être un hasard statistique vu que 5% d’erreur c’est 1 chance sur 20.

Même Christe et ses collègues en 2022 ont trouvé que ce qui expliquait l’amélioration de la douleur lors du port de charge après un traitement ce n’était pas les facteurs mécaniques mais la diminution de la peur. Bref, quand on a mal en bougeant, ça ne reflète pas spécialement qu’on a mal en flexion, en extension ou parce qu’on met de la contrainte sur le disque… C’est bien plus complexe.

Mythe : Sur les lombaires McKenzie c’est vraiment essentiel

McKenzie c’est :

  • un cursus de formation
  • une procédure d’évaluation du comportement des symptômes en fonction des contraintes
  • un système de classification proposé par McKenzie
  • un algorithme thérapeutique

C’est aussi une communauté, un diplôme et pour beaucoup une part de leur identité. Si on s’intéresse au système de classification pour l’instant difficile de parler de nécessité.

Les données à l’époque sur l’utilisation de la méthode McKenzie étaient issues de 2 méta-analyses.

Dans cette revue systématique, il y a une méta-analyse comportant une curiosité. Dans l’étude de Miller, les résultats sur la fonction sont meilleurs dans le groupe gainage que dans le groupe McKenzie mais le forest plot montre l’autre sens :

Peut-être y a-t-il eu une erreur. Une revue de Halliday en 2019 a fait la même « erreur » ce qui me fait douter de mes interprétations… mais j’ai relu plusieurs fois l’étude de Miller…

Une autre revue ultérieure, de Sanchis-Sanchez avait été publié mais il faut retirer beaucoup d’études qui ne concernaient pas la méthode McKenzie.

Dans le podcast nous vous avons fourni plusieurs références qui contredisent l’utilisation des classifications. D’abord aucune n’a été trouvé ni meilleure, ni pire que les autres, ce qui permet d’utiliser ce qu’on veut.

On pourrait créer une infinité de catégories pour classifier.

Il reste la question des patients ayant une lombalgie aigüe étant donné qu’appliquer la méthode ne limiterait pas le risque de récidive tout en ne surpassant pas les groupes contrôles pour la diminution des douleurs et de l’invalidité.

2 réponses à “Les mythes dans la lombalgie – partie 02”

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